Au cours de la seule année 1944, 450 000 à 500 000 soldats allemands ou alliés de l’Allemagne sont capturés par les Soviétiques, un million le sera dans les cinq premiers mois de 1945. Ces captifs sont dirigés vers les camps qui parsèment l’Europe conquise par l’Armée rouge et la vaste Russie. Une centaine de Lager, de l’Allemagne orientale à la Sibérie et jusqu’aux Républiques asiatiques, eurent le sinistre privilège d’accueillir les camps de prisonniers de guerre placés sous l’autorité militaire soviétique. Au mépris des conventions internationales, les conditions y seront inhumaines. Le plus tristement célèbre est celui de Tambow à 450 kilomètres de Moscou. C’est le camp numéro 188 placé sous l’autorité directe du NKVD. 13 000 Alsaciens-Lorrains y seront internés parmi 30 000 autres prisonniers de guerre, dont des soldats français capturés en 1940 par les Allemands et  délivrés par l’Armée rouge en Prusse-Orientale. Travail forcé, sous-alimentation, rigueurs climatiques, humiliations, ravage de la dysenterie: le taux de mortalité est élevé. Plus de 12 000 hommes y laisseront leur vie. Leurs corps seront ensevelis dans les charniers de la forêt de Rada.

Le retournement des détenus de Tambow, parmi lesquels figurent de nombreux déserteurs de la Wehrmacht, est l’un des objectifs des Soviétiques. Pour imposer la rééducation politique, des conférences sont données par des instructeurs politiques. Des Alsaciens, des Mosellans devenus kapos  infligeront des brimades à leurs camarades, ils trouveront des auxiliaires dans les rangs des détenus.

Certains seront dirigés vers une caserne proche de Moscou où, à l’école antifasciste  de Krasnogorsk, ces ralliés recevront la visite de Maurice Thorez et d’éminentes figures du communisme.

Le 7 juillet 1944, en présence du général Petit, chef de la mission militaire française à Moscou et sympathisant du régime soviétique, 1500 Alsaciens et Lorrains sont « libérés » du camp de Tambow. Avant leur départ, ils ont bénéficié d’un régime alimentaire de faveur. Dotés d’uniformes soviétiques, ils sont acheminés par Téhéran vers l’Afrique du Nord, participant malgré eux à une opération de propagande. Le véritable dessein de Moscou est de constituer des unités à sa solde, d’infiltrer des hommes dévoués à sa cause, d’exploiter les prisonniers de guerre comme main-d’œuvre et d’utiliser les ressortissants français retenus captifs comme monnaie d’échange ce que l’on verra bientôt, lorsque Moscou exigera le rapatriement forcé des Russes, Ukrainiens et Polonais présents sur le sol français. Les Alsaciens-Lorrains enrôlés dans l’armée allemande seront les otages de cette étrange réciprocité.

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