« Nous sommes parqués dans un pré devant la gare de Horn où nous touchons du ravitaillement pour soi-disant trois jours. Vers 21 heures, notre train arrive : les wagons à double étage sont au nombre d’une quarantaine. Les petits guichets d’aération qui se trouvent en hauteur sont fermés avec du barbelé. On me fourre avec 95 captifs dans un grand wagon. Dès que le dernier prisonnier est monté, les guides tirent les portes et les bloquent au cadenas. C’est la première fois que j’ai vraiment la sensation d’être un captif, je regarde mes voisins. Une grande partie a les larmes aux yeux, d’autres se forcent à rire, mais c’est un rire qui a du mal à étouffer les sanglots qui montent. Nous nous installons tant bien que mal pour la nuit. Quarante locataires logent au premier, le reste s’allonge sur le plancher. Nous nous couchons, alignés contre chacune des parois, ce qui fait que les pieds des uns chatouillent le nez des autres et vice-versa. Vers le matin enfin, notre train se met en marche, direction inconnue. C’est un voyage sans histoire, à part la faim et la soif, surtout la soif qui nous fait souffrir atrocement. Nous passons par Vienne et nous continuons à longer le Danube. La ligne est à voie unique, elle a été refaite à la hâte. Au bout de 72 heures de calvaire, nous touchons notre première soupe : deux seaux par wagon, c’est-à-dire moins d’un quart de litre par tête de pipe. Je l’avale d’un trait, mais il me semble que j’ai encore plus faim qu’avant. Le lendemain, nous arrivons à Budapest, nous y restons 48 heures, le temps de faire le plein de pain. J’apprends que notre convoi compte 2 600 hommes. Chaque jour, on vient nous recompter deux fois dans le wagon, chacun se demande comment on pourrait bien s’y prendre pour s’évader de la prison sur rails, les deux portes étant condamnées par un cadenas fermé à double tour à l’extérieur. A présent nous touchons deux fois par jour deux seaux de soupe ainsi que deux seaux d’eau pour  nous abreuver. Je ne trouve pas de grande différence entre la soupe et l’eau ! J’oubliais notre morceau de pain octroyé pour la journée. Au bout de quelques jours d’inconfort, tout le monde a la diarrhée. Notre W.C. se trouve au milieu du wagon, un trou carré de dix centimètres scié carrément dans le plancher. Il faut s’asseoir à même le sol, sinon il est impossible de viser juste. On se bat pour arriver à déféquer chacun à son tour. J’en vois qui font ça dans leur gamelle ou simplement par terre, ou même dans les caleçons tant l’envie est pressante chez certains. Je vous laisse deviner l’odeur qui règne là-dedans. Ajoutez à cela un soleil de plomb qui darde ses rayons infernaux sur les toitures en tôle des wagons arrêtés des heures entières sur la ligne. Un soupir de soulagement s’élève à chaque fois que le convoi se remet en marche. Nous avons quitté Budapest depuis quelques jours et nous longeons toujours le Danube. Ceux qui couchent en haut près des lucarnes nous signalent qu’il y a plein de cerises rouges tout le long de la voie. Ah ! une poignée de cerises ! Quand en remangerons-nous ? La faim me torture affreusement, il m’arrive d’avoir des syncopes, des nausées. Je voudrais au moins pouvoir respirer un bol d’air pur, car chacun est incommodé par l’odeur fétide qui nous retourne l’estomac. Mon Dieu, qu’avons-nous donc fait pour être punis de la sorte ?

Je bouge le moins possible pour ménager mes forces. Tout mon être se révolte. Je voudrais crier toute ma rage contenue. Par bonheur, on nous ouvre les portes coulissantes un demi-heure d’arrêt par jour ; au moins voyons-nous dans l’air frais un petit bout de ciel et quelques arbres dans la plaine hongroise. Malheureusement, cette joie est de courte durée. Un beau matin, un grand remue-ménage se produit au dehors, suivi de cris et de jurons. Nous nous demandons ce qui se passe. Au bout d’un moment, nous apprenons la raison de ce chahut. Dans le wagon voisin du nôtre, cinq gars ont réussi à s’évader. Avec une lame de scie à métaux, ils ont agrandi le trou dans le plancher et se sont laissé tomber sous le wagon pendant le trajet, aux dires de leurs camarades. Nos observateurs, installés à l’étage, nous relatent ce qui se passe au dehors : l’officier commandant le convoi fait sortir le reste des prisonniers, les fait mettre torse nu et donner à chacun 20 coups de matraque dans le dos. Nous entendons très distinctement les coups de fouet et la plainte des malheureux. Les premières flagellations se font dans un silence de mort, mais peu à peu une rumeur, qui n’est d’abord qu’un murmure, va en s’amplifiant, gagne un wagon après l’autre pour finir dans un immense cri de révolte et de désespoir hurlé à la face de la Terre. Ce cri n’a plus rien d’humain, c’est le hurlement d’un troupeau de bêtes traquées. Nous comprenons à présent que nous sommes entièrement à la merci de ces brutes et nos derniers espoirs d’un semblant d’humanité s’évanouissent. Est-ce nos cris qui l’impressionnent ? Le gradé fait arrêter la correction. Puis vient le deuxième acte : le responsable envoie ses gardes dans la campagne et ils ramènent cinq pauvres paysans qui labouraient non loin de là, puis sans plus de manière, on les fourgue dans le lot. J’ai vu de mes yeux ces pauvres diables en bras de chemise détrempée,  pleurant et suppliant, leurs chevaux les regardant partir…. Et le voyage se poursuit. Nous ne comptons plus les jours, nos seuls compagnons de route sont la peur et la faim. Oui, une peur qui prend à la gorge, ce n’est pas la peur d’un danger, c’est la peur de l’Inconnu. La nuit, je me réveille trempé de sueur, je voudrais crier, hurler, faire quelque chose contre cet étouffement et cette peur de l’avenir qui glacent les os. J’essaie de me raisonner, on ne va tout de même pas nous laisser crever dans ce wagon… » Bour Ernest rentré le 22 février 1947

« Durant le trajet Vilna-Tambow, des paysans s’approchèrent du convoi lors d’une halte en nous tendant des victuailles. Un prisonnier, en arrachant un pain, fut exécuté par les gardes, sous nos yeux ».

Baltzinger Paul né le 18. 07. 1914

« Blessé le 29 juin 1944 à 5 heures du matin par des éclats d’obus dans la jambe et le bras gauches lors de combats intenses assénés par l’ennemi pour briser les défenses de la place-forte de Bobruisk, j’ai été capturé le 2 juillet et entassé dans un camp du secteur. En partant sur Ur’upinsk fin août 1944, j’ai voyagé dans un transport de prisonniers. On nous avait enfermés dans des wagons dont toutes les ouvertures avaient été clouées (sauf une, par laquelle rentrait un peu d’air). Sous une chaleur torride, on nous distribuait parfois de la soupe de poissons et du pain sec. Pour nous abreuver, un seul seau d’eau chaude était tiré de la chaudière de la locomotive. Au milieu du wagon, un bidon pour les besoins. L’odeur des excréments et le pus des blessures empestaient le local, le phénomène se trouvait encore amplifié par les 40 à 50 C° de chaleur infernale régnant dans l’habitacle. C’était à devenir fou ! » Becker Robert, né en 1919

 

« Captif le 5 juillet 1944 à Minsk. Faim et soif durant les transferts, beaucoup de morts dans les wagons ; les blessures n’arrangeaient pas les affaires des malheureux captifs sans compter le froid, la faim et la soif qui affaiblissaient tout le monde. » Boegelin Paul, né  en 1922

« J’ai été capturé le 28 octobre 1944 suite à mon évasion. Faim, soif et fatigue durant les marches. Entassement durant 8 jours dans des wagons-à-bestiaux, avec un seau de poissons frais, salés non évidés, par wagon et par jour ». Bronnenkant Marcel

« Début décembre, le bruit courut au camp d’Orsk que nous allions partir et rentrer scoro damoï(bientôt à la maison). Effectivement, quelques jours avant Noël 1944, nous nous rassemblâmes en attendant l’embarque­ment. Où nous conduisait-on ? Mystère ! Des wagons stationnaient sur la voie. Les quatre-vingts prison­niers (ou plus) découvrirent leur habitacle : pas de paille, mais des bats-flancs et un fourneau avec du bois et du charbon. Comble de luxe : une distribu­tion de vestes chaudes et de pantalons ouatés nous fut accordée. L’alimentation durant le trajet fut des plus correctes. La faim s’éloignait et avec elle, les cauchemars du voyage précédent. L’espoir revenait. Les gardiens furent humains durant ces trois semaines de voyage du 20 décembre 1944 au 5 janvier 1945. Terminus Rada où la désolation remplaça notre fol espoir de liberté ! » Derr Pierre

« Effrayant fut aussi le transport en wagons vers Tambow, on était serré comme des sardines. Pendant le trajet, nous n’avions rien pour faire nos besoins, presque rien à manger ni à boire.

J’ai été plusieurs jours gravement malade pour cause de pleurésie, de typhus et de Fleckfieber, j’ai pu survivre grâce à mes copains. » Geschwind Edouard, né en 1924

« Lors des combats se déroulant autour de Kichinew, j’ai été fait prisonnier après mon évasion le 26 août.

J’ai souffert de la soif et de la faim durant les marches, puis, lors du trajet au camp 181 de Tiflis. Entassés à 100 prisonniers par wagon, la durée du transport s’est éternisée sur un mois, avec 50 morts à l’arrivée ! »

Guillaume Paul, né en 1924

 

« J’ai été capturé après m’être évadé en septembre 1944, à Frauenburg. Lors de la durée interminable de notre transfert d’un mois, comment oublier la façon inhumaine dont on nous traita dans le wagon où certains de nos camarades moururent d’épuisement par manque de soins et de nourriture ? » Haag René, né en1923

 

« Expédiés vers Tambow, nous sommes restés trois jours sans aucune nourriture. Les conditions étaient très pénibles : j’ai enduré d’atroces souffrances à cause du grand froid dans les wagons qui frisait les – 45°C, avec des  pieds gelés au 1er degré en conséquence. » Haas Guillaume, né le 4. 3. 1914

 

« Derniers combats à Debitza. Le 10 octobre au cours d’un combat en pleine retraite, j’ai déserté avec un copain ; les Russes nous ont tiré dessus et après ils nous ont pris tout ce qu’on avait sur nous : montre, anneau, bref tout ce qui pouvait leur servir. Dans le wagon-à-bestiaux régnait une chaleur formidable ; nous étions sans eau et entassés à 30 dans le fourgon jusqu’à Moscou. » Heuacker Emile, né le 15. 12. 1913

 

« Après nous être rendus, mon camarade Sari Marcel de Zellenberg et moi-même, avons subi un interrogatoire sévère diligenté par un lieutenant russe. Nous avons cependant eu droit à la vie sauve parce que ce gradé parlait français. Pendant plusieurs jours, nous avons effectué des marches forcées pour aller d’un camp à un autre. Les Russes m’ayant pris les chaussures, j’ai dû marcher pieds nus. La souffrance était terrible ; le peu de nourriture distribuée rendait ces trajets encore plus difficiles. Enfermés dans des wagons-à-bestiaux complètement fermés et cela, sous une chaleur écrasante, nous avons roulé vers Tambow. A l’intérieur des wagons, se trouvait juste un tonneau pour les besoins. Au bout d’un certain temps, la soif se fit sentir. Plusieurs de mes camarades tombèrent dans le coma ainsi que mon copain d’évasion. A chaque arrêt, les Russes nous demandaient de jeter les morts et les comateux sur les voies. Le voyage dura environ trois … (jours ?, semaines ?) avec des arrêts de deux à trois heures. » Heitzler André, né le 29.08.1925

« Derniers combats subis à Przemysl (Pologne). Capturé le 29 juillet 1944, j’ai vécu des moments de frayeur intenses : interrogatoires sévères, avancée des chars russes écrasant une partie des convois, arrêt de la marche pendant la nuit avec ordre de s’asseoir ou de se coucher. Après avoir passé la nuit à la belle étoile, plusieurs soldats prisonniers avaient cessé de vivre au petit matin. Ayant consaté la mort d’un camarade dans le wagon, les autres captifs se sont précipités sur lui pour lui prendre le reste de pain et ses habits. »

Kueny Joseph, né en 1916

« J’ai été fait prisonnier par les partisans tchèques près d’Olmütz. Après les marches journalières sans boire ni manger, nous avons passé 28 jours et 28 nuits dans un wagon-à-bestiaux, couchés sur le côté, serrés les uns contre les autres. J’ai effectué de multiples travaux. Je pesais 42 kg à mon retour que j’ai passé dans le wagon aux morts, avec paralysie des deux jambes durant plusieurs mois. » Kuntz Charles, né le 24. 03. 1917

« Lors du transport de Bromberg vers Vilna, nous étions entassés dans des wagons fermés, sans rien à manger ni à boire. La dysenterie provoqua de nombreux décès. Les gardes russes étaient atroces durant le trajet. »

Lantz Valy, né en 1917

 

« Pendant le transfert de Posen à Wladimir, nous étions 80 personnes entassées dans un wagon-à-bestiaux pendant 21 jours sans pouvoir sortir, sans disposer de nourriture ni de boisson. Ce n’était rien que le noir nuit et jour dans notre geôle roulante. Nous pensions tous que c’était notre dernière heure de vie. » Ley Charles

« Au camp d’Insterbourg, j’ai transporté des troncs d’arbres ; aucun détenu ne portait secours aux prisonniers affaiblis qui tombaient dans les latrines. Lors du voyage effectué dans notre train à bestiaux vers l’Estonie, nous avons été battus par les soldats à chaque arrêt. Au cours du trajet, nous avons creusé les tombes de nos camarades morts dans des trous de 40 cm de profondeur le long de la voie ferrée. On avait droit à une soupe de betteraves par jour. Entassés les uns sur les autres, nous avions tous la dysenterie. Des inconnus sont morts dans mon wagon. A Jahrvi en Estonie, j’ai travaillé dans une usine qui transformait les schistes bitumineux (minerai) en huile lourde. » Reinert Georges, né en 1926

« Pendant le transport vers le camp, un de nos camarades ne pouvait plus se lever dans le wagon ; un Russe vint le tuer avec son revolver. » Richard Léon

« J’ai enduré les derniers combats à Dantzig et Libau où j’ai été fait prisonnier le 8 mai 1945, jour de l’Armistice. Du fait du nombre trop élevé de prisonniers coincés dans les wagons, cette promiscuité entraînait de fréquentes disputes pour arriver à la planche oblique, sorte de W.C. archaïques, qui sortait en plan incliné à travers la porte. Les hublots obturés étaient encore enguirlandés de barbelés, précaution supplémentaire pour éviter les évasions. A chaque arrêt du train, les morts étaient enterrés le long de la voie ferrée sous des cailloux en pleine nature. » Ricklé Marcel, né en 1922

« Au départ du camp d’Auschwitz, nous sommes restés dans le train pendant six semaines, dans un wagon-à-bestiaux, entassés à 56 personnes pendant les grandes chaleurs : cela se passe de commentaire. Il y a des événements qu’il est difficile d’oublier, qu’on aimerait occulter à jamais (comme la mort de mes compagnons d’infortune). » Rosenfelder Charles, né en 1925

« Les jours précédant ma capture, j’avais peur de tomber entre les mains des Russes. Nous n’avions rien mangé depuis quatre jours. A Minsk, après la capture, nous avons effectué une marche de quelques kilomètres d’un camp à un autre. Pendant le transport de Minsk à Tambow, le wagon était complètement fermé, il y avait peu de nourriture et d’eau, mais par contre du surpeuplement à gogo (nous n’avions pas assez de place pour nous asseoir en même temps). » Ruhlmann Marcel, né en 1924

« Encerclé dans les environs de Rogatschew, j’ai été capturé le 2 juillet 1944 et expédié sur Odessa. Transférés par wagons-à-bestiaux, sous la canicule de juillet, on nous a certes distribué des harengs salés, mais sans nous apporter de l’eau ! A l’arrêt du train, on enterrait les copains morts d’inanition dans le wagon. »

Schier Albert, né le 3. 12. 1919

« J’ai été capturé en mars près de Tarnopol. Les prisonniers qui ne suivaient plus étaient abattus. Nous avons effectué 14 jours de transport, logés en surnombre dans des wagons-à-bestiaux. Comme nourriture, une cuillerée de soupe de farine par jour ! Dans mon wagon, plusieurs inconnus sont morts en raison de la dysenterie. » Schlosser Oscar, né le 23. 04. 1921

« J’ai été capturé en Courlande le 8 mai 1945 par les troupes mongoles. Pendant les transports dans les wagons-à-bestiaux, fermés avec un cadenas et seulement une fenêtre entr’ouverte pendant les très fortes chaleurs, nous n’eûmes rien à manger, rien à boire. Arrivés à destination, de longues marches restèrent encore à faire. »

Schmitt André, né en 1923

« 22 mai 1943, instruction de fantassin à Mährich-Schoenberg. Service en Lettonie, fait prisonnier à Libau le 8 mai 1945. J’ai vécu trois éprouvantes semaines de corps-à-corps ; j’ai assisté à de nombreux combats.

Nous avons séjourné dans des wagons plombés avec du sureffectif, (nombreux morts chaque matin, manque d’hygiène). » Sonntag Henri

« Lors du transport en wagon, les sentinelles venaient compter les morts. Postés sur le chemin, trois gardes russes, fusil à baïonnette brandie, ouvraient la porte du wagon. On jetait les cadavres dans la neige, sur le talus. » Straub Joseph

« Durant les transports, le froid, aucune place pour se remuer, toujours la faim, la soif, ce sont ces misères-là qui ont entraîné la mort de camarades dans les wagons. » Thiébaut René, né le 20.12.1925

 

« Le 22 octobre 1943, j’ai reçu mon affectation dans le Nordabschnit, à Krasnikow. Nous avons participé à la chasse aux partisans dans la région de Leningrad où j’ai été capturé le 28 octobre en m’échappant. On nous a transportés et entassés sans hygiène dans des wagons ; beaucoup sont morts. » Uhl Joseph, né en 1914

« Pendant notre transfert de dix jours, effectué au mois de décembre du camp de Morschansk à Tambow dans des wagons-à-bestiaux, nous avons eu comme nourriture un peu de kacha et deux tranches de pain sec.

La boisson, c’était le givre brillant qu’on suçait sur la ferraille des wagons ! » Wagner Jean-Pierre, né en 1921

« 15 janvier 1943, dans l’infanterie, instruction à Augustowo en Pologne. En juin départ pour Orel. J’ai vécu mon dernier combat dans la région de Varsovie où j’ai été capturé dans la nuit du 12 au 13 janvier 1944.

A Kharkov, on a enterré un camarade mort durant le transport. » Walzer René, né le 18. 06. 1921

« J’ai d’abord connu le camp de P.G. de Bialystock avant de connaître celui de Tambow. Nous sommes restés enfermés dans des wagons bondés à bloc au point de devoir rester continuellement debout. J’ai vu mourir certains gars sans pouvoir les secourir. Par manque d’eau, nous avons cherché à avaler la neige à chaque arrêt du train. » Werner René, né le 14. 03. 1924

« J’ai été capturé à Ploesti en Roumanie en juillet 1944. On a marché des journées entières avant d’atteindre le train de marchandises. Arrivés à la gare, on nous a entassés dans les wagons comme du bétail. Pendant le trajet, les gardes russes ont sorti des dizaines de collaborateurs (Hiwis et autres) et les ont mitraillés à bout portant.

Le trajet long de huit jours nous a menés dans la banlieue de Leningrad, sans nourriture, à part quelques carottes qu’on nous a données au départ. Rien que dans notre wagon, on déplorait six morts à l’arrivée. »

 Willer René, né le 17. 03. 1924

 

« Le 15 janvier 1943 j’ai abordé ma formation militaire dans l’infanterie à Wels en Autriche et à Olmütz en Tchécoslovaquie. En septembre, je suis parti dans la région de Kiev. Je m’en suis évadé le 1er novembre. J’ignorais à cet instant que j’allais rester prisonnier pratiquement deux ans puisque je ne suis rentré que le 25 octobre 1945. En janvier 1944, partis du camp de rassemblement, un train nous transporta vers une destination inconnue. Le voyage dura 18 jours, il faisait un froid glacial. L’intérieur du wagon était d’ailleurs blanc de givre. Vers 5 heures du matin, les gardes russes ouvraient la porte et nous envoyaient des pelletées de neige à l’intérieur, histoire d’étancher notre soif. Ils nous distribuaient l’équivalent d’une demi boîte de conserve de soupe pour la journée. Le trajet fut épouvantable : au départ et encore plus durant le voyage, nous avons énormément souffert de la dysenterie. La merde gelée qui avait heureusement figé en raison du froid vif s’étalait partout. J’ai eu les orteils gelés, on me les amputera plus tard. Laissés sans soins, des captifs moururent en cours de route ; on nous laissa végéter au milieu des cadavres. A l’arrivée, nous étions tous dans un état lamentable. (Je ne me rappelle plus du numéro et du nom du camp). » Zingraff Casimir, né en 1924

© 2015-2018. Tous droits réservés.