La veuve de Weissler Edouard, né en 1920, apporte son témoignage : « Se rendant en Zone libre pour ne pas être incorporé, mon époux a été fait prisonnier à Châlons-sur-Marne. Ramené ensuite à Metz, il fut questionné et battu par la Gestapo et condamné à six mois d’emprisonnement par le Sondergericht (Tribunal d’exception).

Enrégimenté le 26 juillet 1943, mon mari a d’abord été instruit dans la 4ème Cie du Landesschutz Ausbildungs-Batalion 4 puis dans la Stammkompanie du Gren. Ers. Btl 185 à Zwickau (hospitalisé pour jaunisse au Reserve Lazarett I le 10 août), il est parti le 20 novembre 1943 pour le front. Bénéficiant d’une permission avant son proche départ pour la Russie, Edouard a été convoqué à la Schreibstube où il a dû se présenter casqué. Son chef lui a servi une engueulade vibrante afin qu’il sache bien qu’il ne fallait surtout plus recommencer une nouvelle escapade vu qu’il était désormais considéré comme unzuverlässig (peu fiable).

Les bombardements russes durant les derniers combats à Tsirgupalu-Werro (Estonie) furent atroces ; les avions, les Stalinorgel, les hourré ajoutaient à la terreur du combattant. Parfois les chars ennemis se retournaient sur les trous où les fantassins avaient essayé de se camoufler et les blindés les enterraient alors vivants.

Echappé des lignes allemandes le 13 août 1944 (porté disparu de la 7 Komp. du Gren. Regt. 397 à Werro), il a été fait prisonnier une semaine plus tard après s’être caché cinq jours dans une meule de foin. Après sa capture, les soldats russes l’emmenèrent à travers une forêt d’où il aperçut, accrochés aux  arbres, des soldats allemands que les S.S. avaient pendus là plusieurs jours auparavant. Les captifs arrivèrent dans une espèce de camp creusé dans le sol, les gardes envoyèrent leurs prisonniers dans un réduit souterrain. Lorsqu’il tomba dans le trou et qu’il essaya de s’asseoir, il constata que le local était déjà occupé par d’autres captifs. Tous avaient faim, mais surtout très soif. Il est resté captif durant 14 mois. Il n’a pas apprécié l’attitude irrespectueuse de ses libérateurs qui l’avaient incité par haut-parleur à venir rejoindre les alliés russes !

A Tambow, mon mari a souffert d’abcès et de furonculose dans la barbe. Le travail le plus pénible et le plus éprouvant fut l’enterrement des morts raides comme des piquets qu’il lui fallait entasser sur des chariots à bras, à l’image des stères de bois. Les cadavres encore chauds, où tête et membres se balançaient au moindre cahot, pendaient comme des pantins désarticulés. Il dut creuser des fosses avec des outils qui n’en étaient pas et verser le contenu macabre dans la fosse. Les cadavres gelés craquaient lors de leur chute comme des branches cassantes, les dépouilles tièdes tombaient avec un bruit mat. Et toujours la faim, la soif et le manque de forces !

Edouard a assisté et veillé avec d’autres camarades un prisonnier qui allait mourir et qui ne cessait d’appeler en dialecte alsacien : « Charles ». Le moribond s’est éteint vers le matin et mon mari lui a fermé les yeux. Personne ne savait comme s’appelait cet homme. Mon mari m’a parlé des « chefs français » mais pas en bons termes !

Les vaccinations inoculées sans précaution, le travail lassant de bûcheron où il fallait porter les troncs sur l’épaule où se formait une croûte purulente provoquée par les frottements du portage, la faim et surtout la soif, les appels, rien pour se chausser, voilà autant d’épreuves difficiles qu’il a surmontées.

Après guerre, lorsque mon époux allait en consultation chez les praticiens, ils déclaraient qu’il avait 20 ans de plus que son âge réel ! Il fut libéré le 19 octobre 1945. »

Weissler Edouard

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