« J’ai vécu les bombardements sur Berlin en août 1943 avant d’être affecté en Ukraine le 28 septembre. 

J’ai combattu et traqué les partisans dans la région de Minsk.  Le 7 octobre, au cours de la première attaque à laquelle j’ai participé, notre compagnie a perdu 60 hommes. J’ai récolté des grenailles dans le dos.

J’ai été fait prisonnier le 18 octobre 1943 à Petrowka près de Krementchoug en étant encerclé pendant la retraite. Le 22 octobre, je ne voyais plus rien. Une semaine plus tard, j’ai fait une très forte crise de rhumatismes avec de grandes douleurs dans la jambe gauche.

Lors du trajet du 1er camp situé près du Dniepr jusqu’à Poltava, ces vives douleurs m’ont empêché de marcher. Grâce au soutien de camarades charitables qui se relayaient pour me porter et me traîner sur de nombreux kilomètres, j’ai pu arriver au rassemblement, où, au bout du rouleau, j’ai été admis à l’infirmerie.  

Tambow : la maladie, la mort de camarades et la corvée d’inhumation m’ont plongé dans un affreux désarroi. J’ai passé une nuit dehors par grand froid au motif qu’il fallait déblayer la neige tombée dans le camp. Ce travail avait été commandité par Antonoff le chef roumain, en vue du passage d’une commission américaine. Pour se protéger à cette occasion du froid extrême, on a arraché la doublure du léger manteau qu’on portait pour en faire des gants. Au petit matin, mes index et majeur droits étaient tout blancs, exsangues, avec un début de gelures graves. J’ai également fait partie du commando d’abattage d’arbres. Il fallait aller chercher le bois, scier les arbres, transporter les branches au camp, dans la neige, et ceci avec des chaussures trouées qu’on maintenait fermées avec du fil de fer. »

Woehrling Pierre, né en 1921

 

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