« Appelé le 22  mai 1943 dans un Infanterie Regiment, je n’ai jamais totalement oublié le terrible bombardement de Wuppertal où je me trouvais, quelques jours après mon incorporation. J’y repense constamment.

J’ai été puni à deux reprises : la première fois pour avoir envoyé une lettre polémique à mes parents que la censure militaire avait interceptée. La deuxième fois, pour avoir dormi à mon poste alors que j’étais de garde dans le Partisaneneinsatz. La sanction a été immédiate : au cachot ! Au menu, une tranche de pain le matin, une autre le soir, deux à midi avec un repas chaud chaque troisième jour ainsi qu’une paillasse rajoutée sur le plancher froid chaque troisième nuit. Ce sont des souvenirs qui restent gravés !

Expédié en automne de la même année dans le secteur Gorodok-Nevel, j’y ai déserté le 15 décembre 1943.

J’ai séjourné dans une série de camps provisoires établis derrière le front russe. En raison de gelures profondes qui entraînèrent l’amputation de ma jambe droite au tiers supérieur et de ma première phalange du gros orteil gauche, j’ai été opéré deux fois. La première amputation s’est faite dans un hôpital de fortune : une cuisine dans une chaumière ! La table de l’isba servit de table d’opération. Quinze camarades furent opérés le même jour en ce mois de janvier 1944. Au bout de quelques jours, il ne resta que … deux rescapés : un Allemand et moi.

On couchait sur le sol, sans paillasse ni couverture, bouffé par les poux.

Ce n’est que fin janvier-début février (on avait perdu la notion du temps) que nous avons été évacués par camion sur l’hôpital de Lechnewo (ville près d’Iwanowo).

Amputé une deuxième fois le 6 juillet 1944, j’ai chanté la Marseillaise quand la narcose eut terminé son effet. Mon attitude a horrifié le chirurgien autrichien.

Le 27 juillet, jour de mon anniversaire, j’ai été transféré de l’hôpital de Lechnewo au camp de Gorki. Trop faible pour subir cette longue marche à l’aide de béquilles, les gardes ont obligé des camarades plus valides à me porter sur leur dos. Terrible promenade !!!

Dans ce camp d’internement, je n’ai jamais été astreint à un travail physique en raison de mes amputations.

Une terrible déception nous attendait à notre arrivée au camp de Tambow fin avril 1945. De Gorki à Rada, notre groupe a été accompagné par des gardes non armés. Pendant toute la durée de notre trajet, nous étions considérés comme des Alliés allant rejoindre le camp des Français. Cette attitude amicale laissait entrevoir un fol espoir de meilleur accueil. Mais, à la vue de ce camp et de sa population, nous tombâmes de haut ! A mon retour sur le sol français en octobre 1945, je pesais encore 35 kg, victime de Fleckfieber.

 

La visite de l’exposition sur Tambow organisée à Haguenau a réouvert grandement les plaies que je croyais cicatrisées depuis longtemps. Aujourd’hui, les larmes me montent aux yeux. Comment a-t-on pu supporter cela ? »

Zilliox Joseph, né en 1924

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