Fronts de Leningrad, de la Neva, du Volkov et de Narva

Ces quatre photos proviennent de Lothar Gruber, soldat allemand, tombé à 22 ans à Mittau en Lettonie le 6 septembre 1944 (son corps dut être laissé à l’ennemi).

Peter Engelhardt a pu, à travers l’impressionnante collection de photos et de lettres du malheureux, en faire un livre : « Goldschätzchen, stell Dir noch einmal vor, der Krieg sei aus, Petit trésor, imagine-toi une seule fois que la guerre est terminée. »

Secteur de Leningrad :

« Le froid s’intensifie sous le blizzard. Malheur aux sentinelles mal ou court vêtues ! J’ai vu rentrer dans l’abri des gars qui se frottaient leur tête gelée pour essayer de rétablir la circulation sanguine. Des bouts d’oreille, cassants comme du verre s’émiettaient aux pieds des soldats ahuris. L’un d’eux a même perdu la pointe de son nez ! On ne peut pas décrire les conditions atroces vécues lors d’un tour de garde. La neige qui s’infiltre par rafales sournoises dans le trou d’observation vous fouette le visage comme une lanière cinglante au point de vous arracher des larmes de glace. Le froid barre le front d’une douleur insoutenable dans les sinus et vous bloque la mâchoire dans un étau musculaire rigide.

Le général Hiver, cet allié providentiel des Russes, a été une des causes principales de la défaite nazie. J’ai pu constater par la suite, lors de ma blessure, que sur dix blessés par éclats, la centaine d’autres relevait d’engelures graves aux doigts de pieds, aux mains, aux pavillons des oreilles et sur le nez, appendices trop souvent mal protégés.

Le manger qu’on nous coltine de l’arrière se transforme en bouffe gelée, infecte qu’il faut casser entre les dents pour l’avaler. Je me demande encore aujourd’hui comment un être humain a pu encaisser de telles épreuves. 

Ici, mon principal travail consiste à effectuer des patrouilles, à livrer des munitions. Les chevaux sont toujours retirés loin des premières lignes, casés dans des villages à l’écart pour être laissés aux bons soins de palefreniers, le quota étant d’un soldat pour huit bêtes. » Richter Robert (blessé le 20 janvier 1944 à Novgorod)

« Rééquipé du pied à la tête, je fais désormais partie d’une nouvelle unité, le Régiment 385, 11ème Compagnie, (223èmeDI) qui part vers Leningrad, aux abords du Lac Ladoga. Le secteur est relativement calme même si le  canon tonna fort le Vendredi-Saint 1943. Les lourds mortiers allemands essayèrent en ce printemps coriace de briser la glace épaisse sur laquelle arrivaient subsistances et renforts ennemis en route vers Leningrad, l’affamée. L’artillerie russe, jamais en reste, nous expédia à son tour des bordées d’obus ; c’est là que je fis connaissance avec les redoutés Stalinorgel mais nos bunkers étaient solidement enfouis.

Comme notre secteur était marécageux, nous avions creusé nos abris sur des buttes à l’abri de l’eau stagnante et  putride. Ainsi piégée, l’élément liquide ne pouvait donc pas remonter par capillarité des vasières marécageuses au niveau des tertres encapuchonnés de remblais de terre dans lesquels nous étions établis.

Patrouilles et gardes figurent constamment au programme. Les contre-attaques surprises, mis à part les combats d’artillerie, ne sont pas à redouter au vu de la topographie lacustre du secteur.

Mélomane de cœur, je me rappelle les soirées chaleureuses où, avec mes compagnons d’infortune, nous avons égrené les chansons nostalgiques dans les casemates ceinturées par la fange bourbeuse entourant le Ladoga-See. » Huber Clément

 

« Fin octobre 1943, Appell zu der Infanterie nach Guben où je suis resté durant 4-5 jours avant d’être dirigé sur Krassni Strugi (lutte contre les partisans). En janvier 1944, j’ai participé à tous les combats de retraite depuis Gatchina, les Lacs Ladoga et Ilmen, Vitebsk, Polotsk avant de refluer vers la Lituanie. J’ai obtenu la Nahkampfspange (agrafe pour combats rapprochés) en argent, par ancienneté. Je ne l’ai pas fait exprès pour l’obtenir, j’étais seulement « avec ». Fervent croyant, je bénéficiai de la protection de Dieu. Une balle de pistolet-mitrailleur percuta la boucle de mon ceinturon, un impact fut relevé sur le Gott mit uns ! Fin juillet, notre bataillon ne comptait plus que trois hommes ! J’ai été blessé au bras droit par un éclat d’obus en août. »

Peter Marcel, né en 1923

 

Narva, Auf_dem_Wolchow_ (photos ci-dessus)

Marsch_zum_Wolchow_ (x2) (photos ci-dessous)

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