« En mars 1945, j’étais de corvée sur la grand-place du village hongrois de Militische lorsque j’ai assisté au passage aérien de 300 bombardiers russes qui volaient sans leurs chasseurs accompagnateurs. Nous étions cantonnés à 30 km de Budapest. L’escadrille déversa sa cargaison mortelle sur la capitale. Nous partîmes aussitôt à la rescousse ; les avions, maîtres du ciel, survolaient le paysage, crachant leur feu vengeur. J’ai juste eu le temps de m’abriter derrière un mur. La déflagration fut telle qu’elle arracha une porte de ses gonds, laquelle me retomba sur le corps, mais à part ça j’étais sauf.

 

J’ai combattu les partisans à Dorpat et à Rosenberg.

Sur le front, nos collègues canonniers se firent laminer par les chars russes qui les écrasèrent et les enfoncèrent littéralement dans le sol. Nous attendîmes la nuit pour nous rendre alors que notre unité encerclée essayait encore de battre en retraite et de se défiler. Dans le village d’Oberplogen, le lieutenant qui nous captura, à deux heures, en pleine nuit, nous rassembla plus tard sur un terrain. Passant devant moi, il me refila une claque en apprenant que j’étais Franzouski. Puis, remontant la file et s’arrêtant à nouveau non loin de moi, il abattit un captif d’une rafale de mitraillette. Il nous mit en colonne et nous voilà à parcourir des dizaines de kilomètres. A nouveau, il fallut s’approcher du front avant de refluer vers l’arrière pour rallier le campement de transit. Nous passâmes au milieu d’un convoi de blessés russes qui revenaient du hachoir de la guerre, brancardés sur des charrettes attelées. De l’autre côté de la route remontaient des renforts ; ce n’était pas le moment de musarder à l’arrière et de tomber entre leurs pattes ! Les éclopés étaient liquidés sur place. Si vous voyez des hommes qui sont obligés de creuser leur fosse et qu’on abat ensuite comme un chien, ça vous remue les tripes.

Tambow : Plusieurs activités incombaient au commando-bois : transport des grumes, sciage des planches à la machine, perforation de trous à la vrille avec des vilebrequins dignes des ancêtres !

Pour chercher le pain le matin, il fallait constituer une équipe d’une dizaine de bonhommes décidés, de ceux qui ne se laissaient justement pas enlever le pain de la bouche, pour défendre notre cargaison, les attaques des affamés ayant lieu par surprise. Tous les jours, il y avait des morts. Allongé sur mon bat-flanc pour y passer la nuit, j’ai été puni pour ne pas avoir ôté les souliers. Novembre 1945, retour au bercail. »

Schott Alfred, né en 1910

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