« Le 22 mai 1943, j’ai repris contraint et forcé du service dans le Gren. Feldausbildung Regt. 640. Mon grade de sergent y a été maintenu puisque j’avais déjà servi dans l’armée française. Le 21 septembre, je suis parti pour les secteurs Ostrow-Newel, puis j’ai combattu contre les partisans du côté de Pskow (bombardement par avions durant 4 heures) et de Luga. Dans notre Jagdkommando, il y avait des Alsaciens, des Lorrains, des Silésiens et des Autrichiens.

Envoyé ensuite dans la région de Polotsk, j’ai été affecté dans la 9. Kp. du Gren. Rgt. 368 (S.P. 24169).Lors de la retraite, j’ai profité d’une Frontabsetzung (raccourcissement du front et repli de l’unité) pour me cacher dans la forêt et me rendre tout seul à deux sentinelles russes, c’était le 12 juillet 1944. (Mes parents avaient appris que j’étais porté disparu lors de la réception de mes affaires personnelles qui leur furent renvoyées par le vaguemestre). Après un bon accueil par des hommes du génie, j’ai été emmené par un commissaire pour être fusillé. J’ai senti les balles de sa mitraillette passer au-dessus de mes cheveux. Profitant d’un arrêt du feu, j’ai fui, traversé pieds nus une rivière et erré trois jours dans la forêt. Suite à une infection dans ma jambe droite (résultant d’une écorchure contractée durant ma fuite dans un terrain marécageux), j’ai été opéré par un médecin russe au mollet, car j’étais incapable de plier le genou. J’ai séjourné dans un hôpital de campagne avant d’être dirigé dans une école transformée en lieu de soins. A peine sorti de l’hôpital, j’ai dû effectuer une marche exténuante de deux jours, sans manteau et avec des galoches, alors que l’hiver battait son plein.

Au camp n° 185 (il s’agit du camp de Yur’evec dans la province d’Ivanovo, Ndr),  j’ai participé au ramassage et au transport de troncs d’arbres, à la construction de baraques et à la confection de bardeaux pour les toits. Passé aux soins à l’infirmerie du 185, j’ai contracté une pneumonie après l’opération d’un phlegmon.

A Tambow, j’ai participé aux chargements de troncs d’arbres. Les corvées de bois en hiver, sans manteau, sans nourriture appropriée étaient exténuantes. Une faim continuelle, le manque de contact avec le monde extérieur, le cynisme des chefs de baraque, la pression insinuante des autorités du camp plombaient notre existence.

J’ai été rapatrié fin octobre 1945 après une captivité de 14 mois (départ de Rada le 3 août). Les années écoulées depuis ma captivité me font considérer les choses de la vie avec plus de sérénité et d’objectivité. Pour les Russes, nous étions des ennemis ayant endossé l’uniforme allemand. Dans les camps, les privations et le manque de communication tendaient à exacerber les tensions. Les grands fautifs de notre misère furent les Allemands qui nous avaient enrôlés et nos hommes politiques qui nous avaient lâchés. La captivité a été pour moi le temps de la remise en question, de l’espérance et du mépris envers les profiteurs. »

Simon Aimé, né le 10. 01. 1915

 

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