« 29 octobre 1943 : départ chez les Panzerjäger, les chasseurs de chars. Présence sur le front en Lettonie en août 1944 et derniers combats dans la région de Terwa.

Dès la première nuit de mon arrivée sur le front face aux Russes, le chef de ma section et un ancien étaient partis en patrouille, me laissant la responsabilité du groupe composé exclusivement de nouveaux venus comme moi. Et voilà l’ennemi qui se manifeste en tirant avec des balles explosives ; étant néophyte j’avais la trouille de me faire tuer. Une autre fois, avec sept hommes postés à la lisière d’une forêt et placés en couverture pour assurer le repli de la section, nous avons vu apparaître une horde hurlante de Russes. Les autres groupes allemands nous avaient abandonnés. Nous eûmes beaucoup de chance de nous extraire du guêpier. Le lendemain, un char tira trois coups de canon sur mon nid de mitrailleuse dans lequel j’étais seul. Isolé un matin car j’avais perdu de vue l’arrière-garde, j’en étais à rechercher les lignes allemandes et à un moment donné je me suis trouvé sous le feu des orgues-de-Staline. Par la suite, une grenade de mortier explosa sur la route à deux mètres de mon emplacement. Heureusement que je m’étais allongé par réflexe dans un abri quasi providentiel ! Quelle déflagration ! Depuis j’entends mal de l’oreille gauche. Pendant les derniers combats, j’ai reçu la cervelle d’un camarade dans la figure. Un soir, un copain et moi voulûmes creuser un trou commun pour nous abriter. Nous avions commencé à le creuser, munis d’une seule pelle-bêche ; vu l’urgence, je partis quérir une autre pelle à quelques dizaines de mètres de notre emplacement. A mon retour, mon copain gisait mort dans le trou, une grosse plaie à la tête.

17 septembre 1944 : date de ma capture. Je suis resté sur place dans mon trou après l’attaque et l’avance russes, suite à l’incitation faite par haut-parleur la veille de venir chez les amis soviétiques avec ma gamelle. Après mon arrestation, à un certain moment de la nuit, j’ai été pris en charge par un commissaire. Durant plus d’une heure, il m’a fait marcher devant lui, le revolver braqué dans mon dos. J’ai craint qu’il ne cherchât un endroit discret pour m’abattre mais ce n’était qu’un transfert vers un lieu de regroupement. Lors des marches, bien souvent les conducteurs de camions qui nous croisaient ouvraient violemment leurs portes pour taper dans les prisonniers.

Au début de ma captivité passé dans un camp de rassemblement dont je ne connais plus le nom (je sais qu’aux environs de Noël, je retrouvai mon voisin mort à mes côtés sur la couche), les prisonniers furent appelés nominativement et mis en wagon pour le transfert vers le premier camp de travail où nous eûmes plus tard l’ordre de creuser un canal. Tous quittaient le camp sauf moi, je n’avais pas entendu mon nom. Cet oubli dura deux heures avant que l’on vînt me chercher.

 

Le transfert de mon premier camp de travail jusqu’à Tambow fut très pénible. Le voyage dans les wagons-à-bestiaux s’est déroulé en janvier 1945 : il faisait froid, nous avions aussi faim et soif. Nous sucions les boulons givrés. Durant le trajet, nous eûmes à déplorer deux morts que nous avons rangés sur les bats-flancs. J’ai eu huit jours de corvée de chiottes. J’ai été rossé par des Roumains pour avoir pris des pelures de pommes de terre. Rentré le 25 octobre 1945, j’accusai un poids de 52 kg pour une taille de 1,80 m. »

Spindler Pierre, né en 1923

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